Limaces & Carabes

Valoriser les carabes pour une protection des cultures plus durable
Favoriser les carabes en agriculture

Les carabes sont des insectes auxiliaires précieux qui participent à la régulation des ravageurs, notamment les limaces, tout en indiquant la qualité biologique des sols.

Leur présence dépend de pratiques agricoles adaptées : réduction du travail du sol, aménagements paysagers (bandes enherbées, haies), limitation des produits chimiques et maintien de couverts végétaux.

Favoriser les carabes, c’est adopter une approche agroécologique qui renforce les équilibres naturels et réduit la dépendance aux intrants.

Les carabes sont des bioindicateurs de la qualité des milieux agricoles et des alliés précieux pour la protection des cultures.

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Gestion du travail du sol

Le mode de travail du sol est l’un des facteurs les plus influents sur la survie des carabes, notamment car beaucoup d’espèces passent leurs stades larvaires ou hivernent dans les premiers centimètres du sol.

  • Réduction du labour : Le labour profond systématique est délétère car il détruit mécaniquement les larves et les adultes présents dans la parcelle. À l’inverse, la réduction du travail du sol (techniques culturales simplifiées ou semis direct) favorise la diversité et l’équilibre des communautés de carabes.
  • Maintien d’un sol meuble : Une structure de sol non compactée facilite les déplacements et l’enfouissement des insectes. L’agriculture de conservation, par exemple, utilise un travail minimal pour préserver l’activité biologique.
  • Déchaumage : S’il peut perturber les limaces en exposant leurs œufs au soleil, un travail trop intensif peut aussi affecter les carabes. Un équilibre est à trouver, souvent via un travail superficiel

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Aménagements paysagers et infrastructures agroécologiques
La structure du paysage conditionne la richesse spécifique. Les milieux diversifiés offrent des refuges contre les perturbations et le climat.
  • Bandes enherbées : Elles sont cruciales car elles servent de zones de refuge, de sites de reproduction et de sources de nourriture alternative. Les études montrent un « effet de bande » : l’abondance en carabes est nettement plus élevée à proximité et à l’intérieur de ces bandes que dans le reste de la culture.
  • Composition des bandes : Le choix des espèces végétales influence l’attractivité. Par exemple, un mélange de trèfle blanc et de luzerne s’est révélé plus favorable qu’un mélange de graminées simples.
  • Haies et bordures : Les haies servent de corridors écologiques permettant à des espèces forestières (comme certains grands Carabus) de coloniser les parcelles cultivées.
  • Beetle-banks : L’aménagement de bandes herbeuses à l’intérieur même des parcelles (zones-abris à intervalles réguliers) réduit la distance entre les refuges et le centre des champs

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Gestion des intrants chimiques
L’usage intensif de produits phytosanitaires impacte directement la survie et la reproduction des carabes.
  • Limitation des insecticides : L’emploi systématique d’insecticides (notamment à large spectre) appauvrit drastiquement les populations de carabes. Les insecticides ne tuent pas seulement les proies, ils peuvent aussi affecter le système nerveux des carabes.
  • Impact des molluscicides : L’utilisation de molluscicides peut réduire les populations de carabes, soit par toxicité directe, soit par la diminution brutale de leur ressource alimentaire principale (les limaces).

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Pratiques de culture et couverts végétaux
  • Couverts permanents et mulch : Le maintien d’un couvert végétal permanent ou d’un mulch (paille, résidus de récolte) protège le sol et fournit un habitat humide et sombre favorable à l’activité nocturne des carabes.
  • Repousses de culture : Laisser les repousses après la récolte peut constituer un abri et une source de nourriture temporaire, maintenant les auxiliaires sur place avant la culture suivante.
  • Taille des parcelles : Il est recommandé d’éviter les parcelles de très grande taille (> 15 ha), car leur centre devient trop éloigné des zones refuges (haies, talus) pour être efficacement colonisé par les auxiliaires
Conclusion

La transition vers une agriculture favorisant les carabes repose sur le passage d’une vision du sol comme simple « substrat » à celle d’un « milieu de vie ».

L’agroécologie et l’agriculture de conservation, par la diversification végétale et la réduction des perturbations physiques et chimiques, offrent les meilleurs potentiels pour maintenir des populations de carabes robustes et efficaces pour la régulation des limaces

Nos sources
Liste des sources scientifiques et techniques
  • Chabert A., et al. (2018). Évaluation et prévision du risque lié aux populations de limaces nuisibles aux grandes cultures : constitution d’un réseau expérimental (RESOLIM). Innovations Agronomiques, 63, 321-335.
  • Tosser V., et al. (2020). Evaluation du contrôle biologique des limaces en grandes cultures – apport d’analyses de régimes alimentaires des carabes par biologie moléculaire. 12e Conférence Internationale sur les Ravageurs et Auxiliaires en Agriculture (VEGEPHYL).
  • Siffert C. (2018). Étude comparative du rôle de contrôle biologique assuré par les Carabidae dans les cultures intensives. Mémoire de Master en biologie des organismes et écologie, Université de Liège.
  • Oliveri M. (2018). Comparaison des communautés de Carabidae entre une agriculture agroécologique, agriculture de conservation et conventionnelle. Relation avec l’abondance de la limace. Travail de fin d’études, Université de Liège.
  • Sohbi Y., Barbu C., Gardarin A. & Parisey N. BioAuxNet : Reconnaissance de la faune nocturne vivant au sol à l’aide d’un réseau neuronal convolutionnel à régions masquées. Revue NOV’AE, INRAE.
  • Diwo Allain S. & Rougon D. CARABES : auxiliaires des cultures, indicateurs de la Biodiversité d’un milieu. Fiche technique, CRITT INNOPHYT / Chambre d’Agriculture.